L'HUMANITÉ ROUGE n°955- Vendredi 20 octobre 1978
Organe central du Parti communiste marxiste-léniniste

page 8 -rubrique : Reportage

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 1 000km à travers le Kampuchea démocratique (Cambodge) (7)

 Pour une bonne santé du peuple

    Au fil de la route - interrompu dans la bonne humeur par quelques pannes de notre " dodge " - on observe bien des choses. Les enfants, notamment, qui accourent pour nous observer avec des sentiments mélangés de curiosité et de timidité et ces fous rires espiègles qui sont le propre de tous les gamins du monde quand ils sont heureux de vivre.

    Contrairement à tant d'autres pays du tiers monde où le spectacle des enfants aux grands yeux mornes et au ventre gonflé vous serre le cur, ici rien de tel déjà. Certes, beaucoup vont pieds nus et les plus petits galopent tout nus vers la route pour nous accueillir. Mais il faut dire que les ébats dans les rizières, ce mélange permanent de terre, d'eau et de boue qui cerne toutes les petites maisons sur pilotis, ne sont guère compatibles avec les beaux habits neufs reçus de la coopérative. Ici et là quelques crânes tondus et passées au bleu révèlent à la fois l'existence d'impétigo et le fait qu'il est soigné.
    La coopérative sert aussi de base au développement d'un réseau sanitaire qui a déjà obtenu des résultats remarquables. De petits dispensaires existent un peu partout, en moyenne un pour cent familles, avec trois membres du personnel sanitaire et une petite fabrique de médicaments à base de simples.
    Le paludisme, ce fléau qui a emporté déjà tant d'adultes et d'enfants et qui, avant la libération du pays, touchait plus ou moins 90 % de l'ensemble du pays est déjà en voie de disparition totale : " Faut-il prendre de la quinine ? " avions-nous demandé aux médecins chinois, " Pas la peine ! " nous a-t-on répondu, et de fait, pas une seule fois au cours de notre voyage nous n'avons aperçu ne serait-ce qu'un anophèle, le moustique géant vecteur de la maladie. On nous confirmera sur place que désormais 10 % de la population seulement est touchée par le paludisme. C'est un exploit dans ce pays où les surfaces d'eau stagnantes abondent.
    Contre le paludisme, on a mené une véritable guerre populaire. Des " médecins du peuple " recevant une formation accélérée, ont parcouru tout le pays expliquant la nature de l'ennemi, les causes qui le font pulluler, la manière de l'exterminer. Tous les locaux d'habitation ont été soigneusement aspergés de DDT, les maisons neuves aussi sont traitées avant d'être remises à leurs locataires. Les marais sont comblés, les ordures sont enterrées, les étables et porcheries impeccablement tenues.
    Chaque matin avant de se rendre au travail, une activité fébrile règne autour des bâtiments des coopératives. Balais en mains, grands et petits pourchassent la poussière et la saleté qui portent en elles les germes de maladie et de mort. Une alimentation enfin suffisante, qui tend progressivement à se diversifier, contribue à faire ces gamins aux joues rondes, solidement plantés sur leurs petites jambes.

Une usine pour la santé du peuple


Dans l'usine de médicaments, on prépare des comprimés
à partir surtout des plantes (Photo Kampuchea).

    A Kompong Cham, au bord du Mékong, nous visitons une petite fabrique de distillation de plantes médicinales. A l'entrée une petit jardin expérimental où croissent des spécimens soigneusement étiquettés. Dans le hall de la fabrique, de grandes jarres de verre emplies de liquides multicolores et odorants.

Sous un hangar, soigneusement empilées, des écorces aux propriétés multiples. On nous explique que la majorité du personnel court en permanence les champs et les forêts pour cueillir la matière première. Les paysans sont mobilisés pour indiquer les endroits où croissent les simples, leurs vertus multiples, la manière de les préparer pour en obtenir le plus d'effet.

    Un peu plus loin se tient l'usine de médicaments, un grand bâtiment à étages impeccablement entretenu. De petits comprimés bruns sont compressés, passés au tamis, enrobés de sucre rosé " pour que les enfants acceptent de les avaler ", nous explique-t-on. Il ont des vertus multiples : pour la circulation sanguine, les insomnies, les diarrhées qui sont un autre fléau du passé. Pendant la guerre, on a même su utiliser le jus naturel de noix de coco pour en faire un sérum reconstituant pour les blessés. Elles sont aujourd'hui encore " une usine de jus de fruits naturels " bourrées de vitamines.
    Tout au long de la route, on nous montrera nombre de ces petits bâtiments neufs et pimpants où l'on s'affaire pour améliorer la santé de tous.

A la maternité de Phnom Penh


A la maternité de Phnom Penh (Photo HR)


A la maternité de Phnom Penh ( Photo HR).

    L'hôpital pour enfants malades et la maternité de Phnom Penh sont situés un peu à l'extérieur de la ville. Une délégation nous attend à l'entrée des jardins magnifiquement fleuris ; rien que des femmes. La directrice de l'hôpital est une jeune doctoresse ; ses études de médecine, elle les a faites sous les bombes, dans le maquis.
    Avec elle, nous visitons les salles de maternité. Seules les femmes ayant une grossesse difficile accouchent ici, les autres accouchent dans les petits hôpitaux des coopératives des districts. Les patientes nous saluent en souriant. A côté de la salle d'accouchement, des berceaux en fer bien alignés. Coiffés d'un petit bonnet blanc, bordés de couvertures écossaise aux couleurs éclatantes, les nouveaux-nés dorment paisiblement. Un personnel jeune et, nous a-t-il semblé très nombreux, veille sur eux. Le matériel est simple, rudimentaire, mais d'une propreté parfaite.
    Dans un autre bâtiment, ce sont les enfants malades : diarrhées, maladies infantiles diverses ; ils se reposent ou bavardent dans de petites chambres, à cinq ou six et nous accueillent avec curiosité. Lorsque nous partons les petits nez s'écrasent aux vitres, les mains s'agitent et nombre de jeunes infirmières se regroupent autour de nous pour une souriante photo d'adieu.

Annie BRUNEL

Demain : les droits de l'homme au Kampuchea


A l'hôpital des enfants malades (Photo HR).

 


La délégation française lors de sa visite à l'hôpital des enfants malades (Photo HR).

 

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suite du reportage -partie 8- (HR 956)è

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